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    « Hypnotique » voilà un terme fourre-tout pour chroniqueurs musicaux en mal d’inspiration pour. Ils s’épargnent sans doute un effort d’analyse musicale. En effet, en renvoyant à un domaine (l’hypnose) hors de leur champ de compétences, comment leur en vouloir de ne pas savoir exactement de quoi ils parlent ?  Sans doute serait-on moins indulgent s'ils parlaient de la construction musicale du morceau. Certes, la musique « populaire » et la musique électronique ne peuvent pas s’aborder comme la musique savante, sa structure est plus simple et le traitement du son y a une part prépondérante mais il n'y a pas rien à en dire...

    Cette réflexion m’est en partie venue à la lecture du livre de Guillaume Kosmicki "Musiques électroniques : des avant-gardes aux dance-floors » (voir mon article). Trop souvent l’auteur y invoque la dimension « hypnotique » des musiques électroniques.   Un qualificatif dont  se retrouvent affublées nombre de musiques électroniques notamment et, bien sur vous l’avez deviné, la new beat... En quoi une musique peut-elle être hypnotique ? D’emblée il y a une difficulté propre à l’hypnose c’est que ses définitions sont multiples et sa conceptualisation n'a pas la rigueur des théories  (dans l’antiquité la musique faisait partie des arts mathématiques).

     

    Quelle définition de l’hypnose adopter ?  Car elles sont nombreuses, trop nombreuses et ne s’accordent pas nécessairement entre elles. On pourra en retenir avec Wikipédia  la définition minimale suivante :

    « L'état d'hypnose chez un individu désigne un état modifié de conscience, distinct du sommeil ». Et  ajoutons, à destination des ravers invétérés, sans que pour autant l’individu ait pris un produit quelconque agissant sur son psychisme.

    Cette définition étant donnée comment percevoir la modification d’un état de conscience autrement que par observation du comportement d’un sujet ?

     

    Au XIX ème l’école de la Salpêtrière conduite par Charcot  distinguait trois états hypnotiques hiérarchisés selon leur "profondeur" (si tant est qu'un tel terme ait un sens) : léthargie, catalepsie, somnambulisme. Mais l’école de Nancy, avec Bernheim pour chef de file soutint que ce n’était qu’une hypnose de culture, et, en effet, les patientes de Charcot (qu’il n’hypnotisait pas lui-même) calquaient leur comportement les unes sur les autres se conformant aux attentes de l’expérimentateur Charcot.  Bernheim ramenait l’hypnose à la suggestion à l’état de veille. L’état hypnotique est plastique il varie de la catalepsie, où les yeux du sujet sont fermés ses membres ont une flexibilité cireuse et conservent la position qu’on leur donne, au somnambulisme dans lequel le sujet a les yeux ouverts et peut même répondre à des questions. Dans ce dernier cas son état peut ne différer que très peu  de son état habituel pour un observateur non entraîné. S’agissant des dance-floor il ne s’agit certainement pas d’un état cataleptique où l’hypnotisé se fige dans la position imprimée par l’hypnotiseur.

    Quand peut-on dire d’une musique qu’elle est hypnotique ? Quand elle affecte le comportement de ses auditeurs ? Cela ne dépasse pas la pétition de principe. Si  tout le monde se trémousse sur la piste de danse comme un seul corps ou tombe en pâmoison ce sont les danseurs qui sont dans un état hypnotique pas le physio ou le vigile de l’entrée de la discothéque même si eux aussi l’entendent.  Si la musique n'a aucun effet hypnotique sur  ces derniers il faudrait en conclure qu'en réalité cette musique  est dénuée de propriétés hypnotiques.

    En fait l’hypnose ou plutôt l’accès à l’état hypnotique est une façon d'établir une relation entre deux sujets ou entre un sujet et un objet (Braid s’aperçut que l’hypnose pouvait être produite par fixation d’un objet brillant). Elle n’est ni dans le sujet ni dans l’objet. Si vous ne voulez pas entrer en hypnose vous n’y entrerez pas.

    Penchons-nous sur la new beat elle apparaît à la fin des années 80. L’hypnose commence à sortir peu à peu d’une longue période de purgatoire.  Elle a vait  été éclipsée au début du XXème par d’autres pratiques thérapeutiques notamment par la psychanalyse qui, ironie du sort en est-elle même issue et  produisit une lignée des psychanalystes effarouchés par la "barbarie" d’une telle pratique…C’est principalement Milton Erickson aux états unis qui a contribué à sortir l’hypnose du placard en lui donnant une forme beaucoup plus permissive et créative.  Forme qui s'oppose à l’hypnose du  XIXéme que l’on désigne aussi par hypnose classique. C’est cette hypnose qui est encore vivace chez le grand public une hypnose directive où l’autorité de l’hypnotiseur donne l’impression que l’hypnotisé endormi est entre ses mains d'un être tout puissant. Cette forme d’hypnose subsiste dans les spectacles d’hypnose de music hall, elle a pour phrase fétiche le fameux « dormez je le veux ! »

    L’hypnose classique usait abondamment de la répétition monotone des mêmes formules. Si l’hypnose classique a eu massivement recourt à la répétition monotone c’est que celle-ci possède une certaine efficacité pour induire l'état hypnotique. Les  raisons en sont mieux comprises de nos jours : la monotonie correspond en effet à une sorte de déprivation sensorielle qui atténue la vigilance et favorise  l’entrée dans un état de conscience modifié. La répétition favorise aussi l’assimilation d’un message. Adresser à la personne de longs messages extrêmement pauvres en informations engendre une grande monotonie. Répéter la même information sous des formes différentes, est assez similaire à la reprise d' un thème musical revenant avec de  (plus ou moins) subtiles variations : assez de variations pour que l’impression de répétition ne soit pas trop forte, mais pas assez pour apporter du neuf à l’oreille.

    Vous  l’aurez donc compris les basses lourdes la répétition le tempo lent et la monotonie de la new-beat peuvent être considérés de ce point de vue comme hypnotiques ou plus exactement rapellent certains aspects des méthodes utilisées par un hypnotiseur.

    Et voici un  morceaux de new beat qui se veut explicitement hypnotique :

    Hypnosys - Time To The Beat 

    Un morceau dont le titre ne contient pas le mot hypnose mais qui a pour lui la monotonie, la répétition et la consigne presque autoritaire "écoutez et répétez" que j'apprécie

     

    Quelques morceaux plus proches de la techno sortis dans les années 90 :

    Konzept ‎– Hypnautic Beats Special Limited Hype Mix

    Skila - Hypno Art

    Pour terminer  un morceau  bien plus récent qui ne se revendique pas new beat (du moins pas que je sache) mais en a beaucoup de caractéristiques et qui est assez réussi. Ici  ce n'est pas le titre mais le groupe qui est "hypno"

    Hypno Sheep - Took The Beat Electronic Dance Pop

     

     Bonne écoute et dansez je leveux !

     


  • Pour cet été un peu de raï newbeat pas tout neuf mais exotique. La new beat peut aussi être considérée  comme modèle d'hybridation et pas seulement avec l'acid. Un peu "Bomb the bass" sur les bords mais sans tomber (il s'arrête juste à temps) dans le nougat beat ou la newbeat de camping.


  • Tel le phenix  renaissant  de ses cendres, voici la new beat dont la flamme au XXIéme siècle ne s'est pas éteinte. 

    Le label FenixFire Records se propose non pas de faire du neuf avec du vieux  mais d'explorer la vitalité actuelle de ce courant musical.

    https://www.fenixfirerecords.be/releases/asgff-007/

    La new beat  a évolué trop vite vers d'autres styles alors qu'elle est encore une source de création.

     Sur ce label  l'artiste Q’pnZ composeur et  DJ est là pour nous le rappeler avec un EP   "Toujours Là"   dont vous avez pu écouter le titre dans l'article précédent et que j'ai bien aimé.

    Sur cet album vous trouverez  "Je Suis Toujours La" "The Bass, The Beat, The Style" "Nunca Morira" "Go Insane"

    Bonne écoute !

     

     

     


  • Je suis toujours là - special edition by for 30 Years of New Beat

    "Je suis toujours là, je suis là je m'en vais pas je m'en vais pas. Voici la séquence. Il y a 30 ans la new beat belge est de nouveau là, de nouveau là. La new beat est de retour... de retour... de beat... de beat... de beat... The new beat te."

    Bon et apprenez-moi les paroles par coeur. :-)


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    La mort de Johnny Hallyday m’incite à vous replonger dans le Yéyé.

    Oui ! parce que la new beat a été comparée (par ses détracteurs) à la vague yéyé des années 60. Voyons en les similitudes et les différences.

     Le genre yéyé au sens strict désignait les adaptations d'un succès anglo-saxon dans les pays européens ou francophones. La musique Yéyé au sens strict ce sont des titres de twist adaptés en français ou dans la langue nationale européenne du pays concerné (Espagne, Italie…)

     La new beat, elle, n’est pas importée d’outre atlantique. Il s’agit bel et bien d’un courant musical européen dont le foyer a été la Belgique et qui puise dans l’AB music et l’EBM de groupes belges comme Front 242, ou le titre fondateur Flesch des A split-second.

     Le yéyé ne cessait de répéter son engouement pour la musique américaine , ce dont se moqua Stella la chanteuse anti yéyé adolescente aux textes ironiques :Alors que cette inféodation à la musique anglo-saxone est revendiquée chez les yéyé, dans la new beat la relation se renverse : « Un an avant si tu imprimais « Made in Belgium » sur la couverture du disque cela pouvait en faire un invendu. Maintenant Jive records me demande si c’est ok pour l’imprimer en couverture ! »[1] .Toutefois l'utilisation de l'anglais est privilégiée, sans doute en partie, pour avoir plus de chances à l'exportation.

     

    Comme le Yéyé, la new beat a largement eu recours aux reprises, mais elle a à son actif plus de titres originaux que de reprises. A condition de distinguer une reprise de l’utilisation de samples donnant lieu à une création originale. A titre d’exemple, vérification faite, « New Beatlemania » de Blitz n’est pas une reprise.

    Beaucoup de titres new beat sont sortis avec la célérité qu’autorise la pratique de la Musique Assistée par Ordinateur (MAO). La musique électronique des années 80 ce sont ces nouvelles possibilités qui « démocratisent » la création musicale, de sorte que le DJ devient musicien : « Dans toutes les discothèques branchées, sur toutes les radios privées, on passe maintenant cette musique électronique qui emprunte quelques mesures d'un «vieux» disque... et les «torture» à l'infini pour en faire trois minutes de musique dansante. » (Le soir, 30 novembre 1988, "Pirates du disque un réseau belge est démantelé " G. Alain.)

     Une des adaptations d’outre-Atlantique les plus fameuses qui a pu  fait figure d’hymne est le fameux « Rock to the beat » écrit par Kevin Saunderson américain pionnier de la musique techno. Mais c’était déjà au moment où la new beat était en pleine hybridation avec la house et l’acid music, victime de son succès et proche de sa chute. Pour preuve, le titre subit une ultime aseptisation dans sa version radio et clip télé « ectasy » est remplacé par « fantasy ».et on peut y entendre crier« new beat ! ». Comme le Yéyé la newbeat aura eu son interjection tantôt "acid !" tantôt "newbeat !" cela lui donne tout de suite un côté plus yéyé[2] .

     

    Tout le monde voulait faire son disque yéyé tout le monde a voulu faire son disque new beat.

    Pour les Yéyé c’est, allons au hasard ! Annie Philippe disquaire dans une discothèque à la mode qui devient chanteuse. Elle ne s’en cache pas elle suit la mode. Je vous épargne son titre top blonde : « C'est La Mode » sorti en 1966 des paroles profondes qui résument tout une philosophie : « acheter tous les gadgets et ne voyager qu’en jet c’est la mode, c’est la vie c’est la mode je la suis, il m’a invitée ce soir comment faire ? Comment vais-je m’habiller…». Je lui préfère son parfait antidote Panurge de Dominique Grange.

     

    Pour la new beat c’est  Peter Renkens, serveur au club, Confetti’s qui choisi pour devenir le visage de la  campagne publicitaire de cette discothéque se retrouve « chanteur » du groupe éponyme.

    Le succès commercial, sa recherche même, s’accompagnent de phénomènes qui ne sont pas intrinsèques à un style musical mais à des pratiques marketing de plus en plus systématiques. Le marketing a depuis longtemps partie liée avec la musique populaire. Toutefois depuis les années 80 (à vérifier) il me semble que cela s’est amplifié au point que la publicité pour un produit devient elle-même le produit à acheter avant même que le produit en question soit sur le marché[3]. Ce type de retournement est propre à la « culture » pub. C’est cette logique destructrice de la culture par les intérêts financiers qui sévit au point que les publicitaires loin de payer les droits pour l’utilisation d’une musique peuvent oser demander des financements au ministère de la culture pour un clip publicitaire. La raison ? En utilisant cette musique pour faire la promotion d’une marque de lessive ou je ne sais quelle lingette rafraichissante ils participeraient à l’épanouissement culturel de leur concitoyens.

     

     

     



    [1] Traduction personnelle de l’article du New Musical Express du 3 décembre 1988 : « New beat : one nation under a (slowed down) groove ». de Richard Noise sur ce blog.

    [2] Ce lien entre l’interjection est le style musical est posé d’emblée dans la Oi ! un sous-genre du punk.

      [3] Lorsque la presse s’en prenait à la techno et notamment à l’acid music la musique électronique était suspectée de faire la promotion de la MDMA, là le produit existait bien avant sa publicité.

     






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